Suite à l’abandon du programme SCAF en juin dernier, Safran officialise la fin de sa collaboration avec MTU pour le développement du moteur franco-allemand destiné à l’avion de combat de nouvelle génération. Cette décision marque un tournant majeur dans la coopération industrielle de défense européenne.
The Essentials
- Safran annonce l’arrêt du projet de moteur franco-allemand développé avec MTU dans le cadre du programme SCAF abandonné en juin 2026
- La France poursuit en autonomie le développement du T-REX, son moteur de nouvelle génération pour le futur avion de combat
- Les tensions franco-allemandes portaient sur les droits de propriété intellectuelle et le partage des responsabilités industrielles
- Le projet T-REX devrait être prêt pour 2035, sans participation allemande désormais
L’abandon officiel du partenariat Safran-MTU
En juin dernier, la fin du Système de combat aérien du futur (SCAF), programme mené conjointement par la France, l’Allemagne et l’Espagne, avait été annoncée. À cette occasion, Airbus Defence & Space avait déjà confirmé l’arrêt de sa coopération avec Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat de nouvelle génération. Aujourd’hui, c’est au tour de Safran de formaliser la rupture de son partenariat avec le motoriste allemand MTU Aero Engines concernant le système de propulsion de cet appareil.
Cette décision intervient après plusieurs années de négociations tendues entre les deux groupes industriels. Le projet de moteur franco-allemand, lancé dans le cadre du SCAF, visait à créer une motorisation de nouvelle génération capable de répondre aux exigences des avions de combat de sixième génération. Les deux partenaires devaient mettre en commun leurs expertises et leurs technologies pour développer un système de propulsion innovant, combinant performances accrues, furtivité améliorée et efficacité énergétique optimisée.
Le T-REX, solution française pour l’autonomie stratégique
Face à l’impasse du partenariat franco-allemand, la France a décidé de poursuivre seule le développement de son moteur de nouvelle génération, baptisé T-REX. Ce programme national, piloté par la Direction générale de l’armement (DGA) et Safran, représente une rupture technologique majeure dans le domaine de la propulsion aéronautique militaire. Le T-REX est conçu pour équiper le futur avion de combat qui succédera au Rafale dans l’armée de l’Air et de l’Espace française.
Le projet T-REX bénéficie de l’expertise accumulée par Safran sur les moteurs M88 équipant actuellement les Rafale, tout en intégrant des innovations de rupture. Parmi les caractéristiques attendues figurent une poussée significativement supérieure, une signature thermique réduite pour améliorer la furtivité, ainsi qu’une architecture modulaire permettant des évolutions futures. La DGA a confirmé que le calendrier de développement vise une disponibilité opérationnelle pour 2035, un échéancier ambitieux mais réaliste selon les industriels impliqués.
Les tensions sur la propriété intellectuelle et le partage industriel
L’échec du partenariat franco-allemand trouve ses racines dans des divergences fondamentales sur l’organisation industrielle du programme. Les tensions portaient principalement sur deux aspects cruciaux : les droits de propriété intellectuelle et la répartition des responsabilités entre les partenaires. La France, forte de l’expérience de Safran dans le développement de moteurs militaires de haute performance, souhaitait conserver un leadership technologique et une part majoritaire dans le programme.
Du côté allemand, MTU Aero Engines revendiquait une participation plus équilibrée, reflétant l’investissement financier et technologique consenti par Berlin dans le programme SCAF. Ces divergences sur le partage de la propriété intellectuelle constituaient un obstacle insurmontable, chaque partie cherchant à protéger ses technologies sensibles et à garantir son autonomie stratégique future. Les négociations se sont enlisées pendant des mois, sans qu’aucun compromis acceptable pour les deux parties ne puisse être trouvé.
Au-delà des aspects techniques, ces tensions reflétaient également des visions stratégiques différentes de la coopération européenne en matière de défense. La France privilégiait une approche où le leadership industriel serait confié au partenaire le plus expérimenté dans chaque domaine, tandis que l’Allemagne défendait un modèle plus égalitaire, indépendamment des compétences historiques de chaque acteur.
Les implications pour le projet de NGF français
L’abandon du partenariat franco-allemand sur le moteur ne signifie pas pour autant la fin du projet d’avion de combat de nouvelle génération français. Paris a clairement indiqué son intention de poursuivre le développement de ce qui est désormais appelé le NGF (Next Generation Fighter), en s’appuyant sur ses propres capacités industrielles et technologiques. Dassault Aviation pilote le développement de la cellule de l’appareil, tandis que Safran assure celui du système de propulsion T-REX.
Cette approche nationale permet à la France de conserver une totale maîtrise de son calendrier et de ses choix technologiques, sans avoir à négocier chaque décision avec des partenaires étrangers. Elle garantit également la protection de technologies sensibles développées au fil des décennies par l’industrie française de défense. Cependant, cette autonomie a un coût : l’absence de partage des investissements avec des partenaires européens pèse davantage sur le budget de la défense française.
Our analysis
L’échec du partenariat franco-allemand sur le moteur du SCAF illustre les difficultés persistantes de la coopération industrielle de défense en Europe. Malgré les discours politiques sur l’autonomie stratégique européenne, les intérêts nationaux et les préoccupations relatives à la propriété intellectuelle restent des obstacles majeurs. Pour l’industrie aéronautique de défense française, cette rupture représente paradoxalement une opportunité : elle permet à Safran de développer le T-REX selon ses propres standards, sans compromis technologique, tout en consolidant sa position de leader européen dans la propulsion militaire. Le calendrier de 2035 pour la disponibilité du moteur apparaît cohérent avec les besoins de renouvellement de la flotte de Rafale, dont les premiers exemplaires approchent de leur fin de vie opérationnelle.
À plus long terme, cette décision pose néanmoins la question de la viabilité économique des programmes de défense purement nationaux face à la concurrence américaine et, de plus en plus, chinoise. Si la France dispose des compétences techniques pour mener seule ces projets, le coût unitaire des équipements produits en séries plus réduites pourrait limiter les perspectives d’exportation, élément crucial pour la rentabilité des programmes militaires français. L’enjeu sera donc de trouver de nouveaux partenaires internationaux, potentiellement hors d’Europe, pour partager les coûts de développement tout en préservant la souveraineté technologique nationale.
Conclusion
L’annonce par Safran de la fin du projet de moteur franco-allemand marque la conclusion définitive de l’aventure SCAF dans sa configuration trinationale initiale. La France fait désormais cavalier seul avec son programme NGF et le moteur T-REX, assumant pleinement son choix de l’autonomie stratégique dans le domaine crucial de l’aviation de combat. Cette décision, qui fait suite à l’abandon du partenariat Airbus-Dassault, redessine la carte de l’industrie européenne de défense et ouvre une nouvelle page dans l’histoire de la coopération militaire franco-allemande. Reste à savoir si cette approche nationale permettra à la France de maintenir son rang de puissance aéronautique de premier plan face aux géants américains et asiatiques, tout en maîtrisant les coûts de développement et de production de ces systèmes d’armes de nouvelle génération.
Source : Opex360 – Zone Militaire
📷 Illustration éditoriale générée par IA – Visuel non contractuel.
Président & Dirigeant Responsable | Hexagone Aviation Group | Ingénieur Génie Civil | Gouvernance et développement d’organisations
